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Palestine - Israël : relations frontalières

Palestine / Israël : espace, conflits et relations complexes


Palestiniens et Israéliens : à la recherche de la paix
 

Les relations entre Palestiniens et Israéliens sont marquées depuis plus de 60 ans par le conflit et la guerre, mais aussi par la haine et la défiance. Depuis des décennies, les souffrances s'accumulent et le chemin de la paix semble à chaque fois toujours plus loin et tortueux. Combien d'occasions manquées, combien de morts, de blessés, d'emprisonnés, combien d'injustices jalonnent l'histoire de ces deux peuples ?
La Palestine divisée du fait de la création de l'Etat d'Israël (en 1947) est devenue au fil des années le terrain d'affrontement de plusieurs forces militaires et politiques. Les forces régionales (Israël, Syrie, Egypte, Jordanie, Irak, Iran...), mais aussi les puissances occidentales (Britanniques, Français, Américains, Russes...) influencent et interviennent sur le quotidien des populations palestiniennes mais aussi israéliennes. Les voix de la diplomatie sont recouvertes par le fracas des armes, la force devient l'argument ultime et la souffrance le quotidien.

Mur de séparation à Jérusalem - QalandiyaLe Mur en construction permanente, à proximité de Qalandiya, principal point de passage entre Ramallah et Jérusalem. © Fabien Guillot 2005 Si les palestiniens sont soumis à une répression permanente et quasi systématique, la population israélienne vit dans la peur et s'enferme sur elle-même. Les discours politiques sécuritaires maintiennent la pression et les attaques suicides ou les roquettes "artisanales" du Hamas renforcent les peurs et les camps politiques les plus radicaux. Les Israéliens vivent dans l'angoisse et le Mur dit de "sécurité" apparait plus comme un symbole de blocage et d'Apartheid... que comme une solution viable et humainement acceptable. Des millions d'hommes et de femmes palestiniens vivent enfermées sur des espaces clos par des check-point, entourés par un Mur de 8 mètres de haut qui devient l'horizon indépassable d'un avenir bouché.
Chez les palestiniens, la répression et les conditions inhumaines de vie (notamment à Gaza depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas), les vexations et humiliations, l'absence d'espoir et les désillusions de voir enfin naitre un Etat palestinien souverain, précipitent là-aussi beaucoup de palestiniens vers les discours et les actes les plus radicaux. Les dernières élections palestiniennes ont mis au pouvoir le Hamas. Sans doute peut on penser que les mauvaises conditions sociales peuvent expliquer en partie l'arrivée du Hamas au pouvoir. Cependant, force est de constater que c'est par des élections reconnues comme démocratique (ce n'est pas si courant au Proche-Orient...) que le Hamas est arrivé au pouvoir. Les palestiniens bien que dépourvus d'Etat libre et indépendant, soumis à des conditions de vie particulièrement dures ont démontré leur attachement et volonté de vivre dans un système démocratique. Quoiqu'on en pense, c'est par les urnes que le Hamas est arrivé au pouvoir. Le résultat de ces élections n'est-il pas aussi l'expression de cette radicalisation des positions chez des palestiniens en mal d'Etat viable, souverain et libre. Le peuple palestinien continue de survivre bien que les aides financières de l'Union Européenne et des Etats-Unis aient été suspendues, bien qu'Israël maintienne la bande de Gaza et l'ensemble de la population sous blocus très stricte, punissant collectivement les palestiniens de Gaza. Pour l'heure, les solutions politiques apparaissent bien maigres tant le recours à la force est devenu la règle comme en témoigne les combats qui se mènent tantôt en Cisjordanie autour du Mur, autour de Jérusalem ou de Hébron, tantôt avec davantage de force et de violence encore dans la bande de Gaza depuis plusieurs semaines (19 décembre 2008 fin de la trève entre Israël et le Hamas, 27 décembre 2008 déclenchement de l'offensive militaire israélienne), ou encore au nord le long de la frontière avec le Liban...
La situation en Palestine évolue chaque jour ou presque. Il est donc difficile de suivre l'ensemble des évènements sans en oublier ou pire procéder par simplifications et caricatures. Plusieurs sites internet proposent des analyses approfondies de cette actualité, je vous invite à rendre visite à ces sites dont vous pouvez trouver quelques liens en fin de page.



L'espace comme enjeu
Mur de "sécurité" et colonisation

Mur de séparation, Jérusalem - © Fabien Guillot 2005Tour d'observation sur le Mur, à proximité de Qalandiya, principal point de passage entre Ramallah et Jérusalem. © Fabien Guillot 2005

Le but est ici de vous présenter quelques grandes lignes de repère pour appréhender la complexité des relations entre Israéliens et Palestiniens.
Mes recherches sur les relations frontalières autour de l'Etat d'Israël m'ont amené à porter une attention particulière à la question de la construction du Mur, à celle de la colonisation. Ce sont ces deux angles que je vous propose de développer progressivement au fil des mises à jour...
Derrière ces deux axes, la question de l'appropriation sociale de l'espace se pose avec force et violence. L'emprise sur l'espace, sur la "terre" comme on entend souvent, matérialise le conflit autour d'une appropriation de l'espace. La construction du Mur comme la colonisation en Cisjordanie participent de cette dynamique sociale.
Plus largement, la question que l'on peut poser sous forme d'hypothèse est de savoir si l'analyse des relations frontalières entre Palestiniens et Israéliens permet de comprendre les rapports sociaux, si ces relations frontalières en matérialisent la nature ?


Le Mur. Du cloisonnement à l'apartheid
 

Stop the Wall in PalestineUne campagne internationale est lancée afin de :
- Stoper la construction du Mur
- Démanteler la partie déjà construite
- Rendre les terres confisquées pour sa construction
- Donner des compensations pour toutes les pertes occasionnées..

En juin 2002, Israël décide la construction d'un mur le long de la « ligne verte » (la frontière de 1967, avant la guerre de Six Jours), entre la Cisjordanie et le territoire israélien. Le but officiel de ce Mur est d'interdire l'accès aux Palestiniens à Israël. Les différents attentats de Kamikazes palestiniens ont plongé l'ensemble de la société israélienne dans la peur. La construction de ce mur est accueillie pour nombre d'israéliens comme une réponse à la violence et à l'insécurité qu'ils vivent. Les barrières qui jusque-là existaient entre Israël et la Cisjordanie ne suffisent plus à sécuriser Israël.
Initialement, il est prévu que le mur de huit mètres de haut soit construit en trois ou quatre phases et s'étende sur 350 km. Les villes cisjordaniennes d'où proviennent les kamikazes, comme Jénine, Naplouse, Tulkarem et Qalqilya, sont totalement isolées de l'État israélien. Jérusalem sera pour sa part coupée de la Cisjordanie. C'est une véritable logique de cloisonnement qui se met en place.
La première phase du projet prend environ six mois et représente plus de 100 km de construction, contournant Jénine jusqu'à un point au nord-est de Tel-Aviv. Le tout devait être complété en deux ou trois ans. Le coût de ce projet, qui inclut également des zones tampons, des barrages et des postes d'observation est faramineux. Il est question d'un million de $ (us) par kilomètre.
Dans ce mouvement de construction du Mur, il est à noter que de nombreux espaces sont de fait annexés car le tracé du Mur va bien au-delà du tracé de la "ligne verte". Des blocs de colonies sionistes situées en Cisjordanie sont également intégrés derrière ce mur et les espaces importants au regard de la superficie de la Cisjordanie se retrouvent interdits d'accès aux Palestiniens.
Le cloisonnement des populations palestiniennes derrière ce mur de huit mètres de haut est, en bien des endroits, totalement Kafkaïen. Parfois, des villes ou des quartiers entiers sont coupées en deux, des palestiniens se retrouvant de part et d'autre du Mur. Ce Mur matérialise le cloisonnement et un nouvel apartheid.

Carte de la construction du Mur. Cette carte provient du site "Stop The Wall" édité par PENGON, 2003.


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La bande de Gaza
 

Carte de la bande de Gaza - (Fabien Guillot - www.geographie-sociale.org)Carte de la bande de Gaza. © Fabien Guillot, 2008. -(cliquez sur l'image pour l'agrandir)-

La bande de Gaza représente un espace séparé du reste de la Cisjordanie, situé au sud le long de la mer méditerranée et frontalier de l'Egypte. C'est une mince bande de terre où vivent environ 1,5 million de Palestiniens, c'est un territoire très densément peuplé (3825 habitants/km²). Les Gazaouis ne peuvent sortir de cette mince bande de terre qui représente une prison pour nombre d'entre eux. Il est impossible de traverser la frontière avec l'Egypte ou encore d'aller en Cisjordanie ou en Israël.
Depuis le retrait israélien en août 2005, retrait unilatéral décidé par Ariel Sharon, toutes les colonies sionistes qui y étaient implantées ont été démantelées. Ce retrait a pendant quelques temps laissé entrevoir l'espoir d'une vie meilleure pour les palestiniens. Pourtant, depuis les résultats de l'élection de juin 2007 qui a placé démocratiquement le Hamas en tête, la bande de Gaza est soumise à un blocus qui s'est accru depuis. Le Hamas arrivé par les urnes aux commandes, s'est ensuite emparé de tous les leviers de pouvoir par la force, s'attaquant aux membres du Fatah palestinien affaibli et discrédité par des affaires de corruption. Cet argument est utilisé par le Hamas et celui-ci parvient à s'emparer totalement de la bande de Gaza en chassant par les armes l'ensemble des représentants de l'Autorité palesinienne membre de l'OLP (dont le Hamas ne fait pas parti). Depuis cet épisode la bande de Gaza est gérée par le seul Hamas. Cette situation a placé la bande de Gaza non seulement sous blocus israélien, mais aussi international, les Etats-Unis ou encore l'Europe refusant de discuter avec l'organisation Hamas, considérée comme terroriste et qui refuse toujours de reconnaitre le droit à l'existence de l'Etat d'Israël.

La situation humanitaire et sanitaire à Gaza est particulièrement tendue du fait de ce blocus qui dure depuis septembre 2007. Les tensions entre le Hamas et Israël n'ont cessé de monter, les attaques de roquettes lancées par des combattants du Hamas sur les villes du sud d'Israël maintiennent les populations civiles israéliennes dans la psychose. Les combattants de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, mènent des actions de harcèlement continu en lançant des roquettes sur les villes israéliennes depuis la bande de Gaza. Cette situation entraine l'ensemble de la population de Gaza dans un cercle vicieux qui se caractérise par un renforcement du blocus et par une dégradation des conditions de vie pour tous les palestiniens sans distinction.
A partir de mars 2008, une trêve est pourtant obtenue sous l'égide de l'Egypte et le Hamas s'engage à ne pas attaquer Israël en contre partie de quoi, le blocus doit être levé sur la bande de Gaza. Après 6 mois de trêve relative, le blocus n'a pas été levé par Israël et les tirs de roquettes ont repris. La crise atteint son paroxysme à la fin du mois de décembre 2008, avec les opérations militaires engagées par Israël contre le Hamas à partir du 27 décembre 2008. Cependant, c'est l'ensemble de la bande de Gaza qui est soumis à des bombardements massifs et très destructeurs (Tsahal utilise d'après les informations et témoignages concordants, des bombes au phosphore blanc qui s'enflamme au contact de l'oxygène. Ces bombes occasionnent de terribles brûlures. Des munitions à l'uranium appauvri qui atteignent 600 degrès au niveau de la zone d'impact sont également employées. Ces munitions sont utilisées sur une zone peuplée densément et majoritairement de civils). Bien que les autorités israéliennes affirment ne viser que les installations du Hamas, c'est l'ensemble de la population sans distinction qui subit les bombardements. De nombreux civils sont tués et blessés au cours des bombardements et des incusrsions terrestres israéliennes. En l'état, il semble qu'Israël a transgressé au moins l'article 2 du Traité de genève de 1980 qui stipule très clairement que "1. Il est interdit en toutes circonstances de faire de la population civile en tant que telle, de civils isolés ou de biens de caractère civil l'objet d'une attaque au moyen d'armes incendiaires.".
Par ailleurs, la situation humanitaire à Gaza est dégradée du fait du blocus imposé à l'ensemble de la population palestinienne de Gaza par Israël qui interdit toute entrée et sortie de la bande de Gaza. L'Egypte de son côté, le long de la frontière avec Gaza, maintient la frontière fermée également. Le pouvoir égyptien n'étant pas, lui aussi, en accord avec le Hamas, dont les liens avec les Frères Musulmans (opposans déclarés au pouvoir égyptien) sont avérés. Il n'en reste pas moins que ce sont tous les palestiniens qui supportent ce qui s'apparente à une punition collective. La situation dans la bande de Gaza ressemble clairement à un emprisonnement de l'ensemble de la population, privée de biens de première nécessité, dont le ravitaillement en denrées alimentaires comme en médicaments se fait bien souvent par l'intermédiaire de tunnels creusés sous la frontière avec l'Egypte. Tous ces tunnels servent à la contrebande de nourriture, de médicaments, mais aussi de bétail, de pièces détachées, ou encore d'armes. Tout un système de tunnels existe et il permet de contourner en partie le blocus très strict imposé à Gaza et aux 1,5 million de palestiniens. De nombreuses associations humanitaires, des droits de l'homme ainsi que des observateurs et membres de l'ONU dénoncent cette situation qui viole les droits de l'Homme et les principes démocratiques. En Israël même, plusieurs associations israéliennens dénoncent cette situation qui dure depuis plusieurs mois sans que ni les Etats-Unis, ni l'Europe ou l'ONU n'interviennent pour faire cesser cet embargo mené par Israël sur une population entière.



Conflit à Gaza

Les opérations militaires israéliennes sont en cours depuis le 27 décembre 2008. Au 14 janvier 2009, le nombre de victimes palestiniennes est considérable : plus de 1000 morts dont 292 enfants, 95 femmes et 92 personnes âgées. Plus de 4 500 Palestiniens ont été blessés dans les attaques israéliennes. (source : services d'urgence du territoire palestinien). Un million de personnes dans la bande de Gaza vivent sans électricité, 750 000 sont sans eau et les hôpitaux fonctionnent grâce à des générateurs de secours (source : ONU).


Par ailleurs, malgré l'offensive de Tsahal, plus de 660 roquettes ont été tirées par le Hamas au cours des deux dernières semaines. 4 civils israéliens sont morts, et 10 militaires ont été tués depuis le début de l'offensive sur Gaza (dont 3 ont été tués et 24 ont été blessés par un tir de char israélien) (source : armée israélienne).
C'est quelques chiffres donnent une idée de la disproportion des forces sur le terrain, tout comme les nombreuses photos des civils palestiniens, tués ou blessés, qui circulent sur le web.... quelles que soient les victimes, israéliennes ou palestiniennes, cela fait déjà trop de morts.

Plus d'informations actualisées sur Carnet de géographie sociale et politique, le blog qui suit l'actualité.




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Colonisation et appropriation de l'espace
 

La colonisation des territoires (normalement attribués aux Palestiniens comme le prévoient les textes internationaux) est un fait qui s'impose par la force aux populations palestiniennes. Les implantations et colonies s'égrènent sur l'ensemble de la Cisjordanie. Les retraits effectués dans la bande de Gaza lors du mois d'Août 2005 sont à noter car ils constituent un premier pas. Cependant, nombre d'observateurs de la situation en Palestine considèrent que ces retraits à Gaza sont l'arbre qui cache la forêt. La Cisjordanie est en effet très largement colonisée. L'intérêt de cette colonisation est du point de vue des colons de s'approprier des terres, souvent cultivables, ou considérées comme "saintes". C'est sans doute dans ces deux approches que réside l'essentiel des buts. Sans doute pourrions-nous ajouter que cela permet aussi d'interdire de fait toute création d'un Etat Palestinien, spatialement viable, tant les colonies coupent toute continuité spatiale. En bien des endroits, le mur de sécurité sépare spatialement et socialement les palestiniens entre eux...

Les étapes de la colonisation...


Colonie sioniste de Beit Eil

1) implantations.
La colonisation commence bien souvent par une implantation de quelques colons juifs dont les buts peuvent être politique et religieux. Cette implantation se fait de façon unilatérale. Les autorités israéliennes peuvent être mises devant le fait accompli comme les populations palestiniennes. Mais la plupart du temps, les implantations sont planifiées.
Ce premier stade, s'il peut s'inscrire dans la durée, doit permettre ensuite de rendre cette implantation plus viable, construite solidement. Les habitations de ces premiers instants de la colonisation sont souvent des mobil Home, autour desquels se trouvent les lieux de cultures et d'activité. L'implantation se construit comme un camp retranché, entouré de fils barbelés, avec des tours et des locaux d'observation des alentours, avec des gardiens armés aux entrées...



Colonie juive de Halmisch

2) colonies en dur.
Dans cette seconde phase, l'implantation devient véritablement une colonie au sens de ville nouvelle, exclusivement réservée à des sionistes. La colonie fonctionne presque de façon autonome et les activités économiques lui apportent des moyens financiers pour se développer.
Les familles sont plus nombreuses et la politique de construction et de développement de la colonie entraine une diffusion spatiale de son implantation. Cette croissance peut entrainer des expulsions de palestiniens (expropriation de terres cultivables et de terrains jusque-là occupés par des palestiniens). De véritables lotissements d'habitation sont construits et l'armée assure la protection de la colonie avec le renfort de milices composées de colons autorisés à porter des armes de guerre.



Colonie juive de Halmisch

3) peuplement des colonies.
Enfin, dans le prolongement de la seconde phase, la colonie doit prospérer. Pour cela la politique de peuplement de la colonie doit apporter des forces nouvelles. La question du nombre se pose alors de façon centrale.
La démographie est aussi un enjeu dans l'esprit des colonssionistes. Les équipements sociaux en direction des mères et des enfants démontrent tout l'intérêt et l'aspect capital que représente l'accroissement naturel au sein des colonies.
Par ailleurs, il est à noter que ce sont souvent des "néo-israéliens", c'est-à-dire des juifs de la diaspora venant d'arriver en Israël dans le cadre de l'Aliya qui vont renforcer le peuplement des colonies. Ceci peut s'expliquer par divers motifs, parfois religieux, mais aussi très souvent par le fait que de nombreuses aides sont allouées aux nouveaux arrivants qui font le choix d'aller vivre dans une colonie.


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L'emplacement des colonies est-il le fruit du hasard ?
 

Cette question permet de mettre en lumière les stratégies d'appropriation de l'espace, mais aussi de revenir sur la symbolique et le sens de la colonisation.
La colonisation est un acte d'appropriation fort que les colons imposent aux palestiniens par la force, ou tout au moins par une logique de fait accompli. Dès lors, il donne lieu à un processus de résistance à cette spoliation des terres et aux expulsions qui ont lieu.
Dans ce contexte, le choix de l'emplacement répond à des objectifs stratégiques à la fois politiques et militaires, mais aussi économiques et idéologiques. Si on se déplace en Cisjordanie, on peut constater que la topographie des lieux est particulièrement utilisée et prise en compte. Autrement dit, les hauteurs sont souvent des lieux stratégiques d'implantation. L'aspect militaire et défensif guide bien souvent pour une part le choix de s'implanter à tel endroit plutôt qu'à tel autre. Le choix de la hauteur est donc d'un certain point de vu tout à fait logique. Pour bien comprendre cette stratégie voir l'article consacré à cette question de manière plus détaillée dans Villes détruites, villes construites. Réflexion sur les stratégies politiques et militaires à partir de l'exemple des conflits israélo-arabes (Liban, Israël, Palestine) (article publié en 2008 dans la revue Politique et sociétés).
A côté de l'approche "militaire" de l'implantation, il y a bien évidemment d'autres critères : la qualité des terres environnantes, plus ou moins propices à la culture ou à une activité économique, la distance par rapport à Israël et aux voies de communications. La question de l'eau représente aussi un intérêt stratégique majeur.
Enfin, on peut aussi analyser ce choix de se placer en hauteur, d'un point de vue plus social. Le fait que la colonie se voit lorsque que le regard se porte au loin, c'est aussi envoyer un message fort qui consiste à rappeler aux palestiniens la présence incontournable des colons israéliens. En se situant sur les hauteurs géographiques la hiérarchie sociale sous-jacente au projet colonial s'en trouve matérialisé aux yeux de tous. C'est comme un rappel incessant à une réalité palestinienne qui se traduit par une absence de souveraineté, d'indépendance et de liberté.
Ainsi, le choix de l'implantation se trouve enlacer entre "voir" et "être vu", symbolisant totalement le pouvoir et la domination.



Construire la paix : refuser la fuite en avant
de la colonisation et de la violence...

Malgré tout, de nombreux israéliens ne partagent pas cette vision coloniale des rapports aux palestiniens. Beaucoup de juifs israéliens acceptent l'idée de vivre en paix avec pour voisins les palestiniens, vivant dans un Etat souverain : la Palestine.
Dans la société israélienne souvent sous l'emprise de la peur, des voix s'élèvent pour refuser la logique coloniale et l'apartheid. Ce discours est assez peu relayé par les médias et parfois sous estimé chez ceux qui entendent défendre les palestiniens. Il existe un camp de la paix. Il rassemble Palestiniens et Israéliens et dépasse les divisions, les murs, les violences et les injustices. Ce camp de la paix est bien souvent passé sous silence ou peu entendu par une société israélienne qui vit dans la peur perpétuelle des attentats commis par les groupes palestiniens les plus durs (Hamas, Djihad islamique, Brigades des martyrs d'Al-Aqsa...). Le sentiment d'insécurité devient réalité au fil des attentats, enlèvements et tirs de roquettes qui jalonnent le quotidien israélien.
Si la cause palestinienne réclamant la liberté de vivre dans un Etat palestinien souverain tant à Gaza qu'en Cisjordanie avec pour capitale Jérusalem Est, est un droit, le choix des modes de lutte de certains palestiniens pour l'obtenir n'est pas sans poser question. C'est une réalité incontestable que les israéliens vivent dans la peur. Toute aussi incontestable que les palestiniens vivent sous occupation militaire, cloisonnés dans des "bantoustans" que le Mur entoure comme des prisons à ciel ouvert. C'est sans doute dans cette occupation et dans l'enfermement qu'elle produit que se renforcent les pires ressentiments à l'égard d'Israël. L'injustice devient insoutenable pour de nombreux palestiniens soumis aux contrôles, vexations et répressions quotidiennement.
Toutefois, cette occupation est elle aussi remise en question. Quelques voix s'élèvent pour refuser de continuer à mener des opérations militaires en Cisjordanie ou à Gaza. Jusque dans les rangs de l'armée, le refus se fait entendre, comme en témoigne cet appel de militaires israéliens.


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Appel de 57 militaires israéliens "Refuzniks"

Les réfuzniks israéliens - Israël - palestine Un livre à lire sur la question des "refuzniks", ces soldats israéliens qui refusent de mener des opérations dans les Territoires palestiniens."Nous, officiers et soldats combattants de réserve de Tsahal, qui avons grandi dans le berceau du sionisme et du sacrifice pour l'Etat d'Israël, qui avons toujours servi en première ligne, qui avons été les premiers, dans toute mission, qu'elle soit facile ou difficile, à défendre l'Etat d'Israël et à le renforcer ;
Nous, officiers et soldats combattants qui servons l'Etat d'Israël pendant de longues semaines chaque année, malgré le prix personnel élevé que nous payons ;
Nous qui avons été en service de réserve dans tous les territoires et qui avons reçu des ordres et des instructions qui n'ont rien à voir avec la sécurité de l'Etat, mais dont le seul objectif est la domination du peuple palestinien ;
Nous qui avons vu de nos yeux le prix sanglant que l'occupation impose aux deux parties en présence ;
Nous qui avons senti comment les ordres que nous recevions détruisaient toutes les valeurs de ce pays ;
Nous qui avons compris que le prix de l'occupation était la perte de l'image humaine de Tsahal et la corruption de toute la société israélienne ;
Nous qui savons que les territoires occupés ne sont pas Israël, et que toutes les colonies sont destinées à être supprimées...
Nous déclarons que nous ne continuerons pas à combattre dans cette guerre pour la paix des colonies, que nous ne continuerons pas à combattre au-delà de la ligne verte pour dominer, expulser, affamer et humilier tout un peuple.
Nous déclarons que nous continuerons à servir Tsahal en toute occasion qui servira la défense de l'Etat d'Israël.
L'occupation et la répression n'ont pas cet objectif. Et nous n'y participerons pas."

(Paru dans Haaretz, 25 janvier 2002)


Des voix israéliennes qui s'élèvent contre la politique de l'Etat israélien

Vraiment, vous ne voyez pas ?

" En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l’Etat d’Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d’entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d’oppression qui ne connaît pas la satiété."
Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de « Tu nous as élu [parmi toutes les nations] »
Laissons de côté les juges qui blanchissent n’importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants.
Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants.
Mais il en est d’autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ?
Et qu’en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l’antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ?
Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d’indemnités pour les dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août).
Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l’expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d’autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d’obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d’accord qu’un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ?
Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l’excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de Gaza d’aller étudier l’ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l’explication « nous ne savions pas » ? Nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l’eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d’été, nous ne savions pas que lorsque l’armée israélienne bloquait l’entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d’eau.
Mais il n’est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l’accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n’est pas possible que vous souteniez le fait qu’on empêche des milliers d’agriculteurs palestiniens d’accéder à leurs terres et à leurs vergers, que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l’entrée de médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d’électricité et les coups portés à la distribution d’eau pour 1,4 millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu’ils ont sur le monde.
Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d’heure de vos chaires d’université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l’esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s’aligner en file des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heures après heures, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35 ans ou moins : yalla, retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem,il est totalement interdit d’être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement.
Le site de « Machsom Watch » est ouvert à tous. On peut y trouver d’innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n’est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris.
En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l’Etat d’Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d’entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d’oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n’est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n’arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l’étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n’en est que plus incommensurablement lourd.


Amira Hass
Paru dans Haaretz, 30 août 2006.
Traduction de l’hébreu : Michel Ghys


Chronologie des relations et des conflits israélo-arabes
 

1947-1949 : "la guerre d'Indépendance israélienne" et la "Naqba arabe"

La guerre d'Indépendance appelée aussi Guerre de Libération, débute fin novembre 1947 et s'achève en juillet 1949. Elle marque le début d'un long combat entre peuples juifs et arabes.

1956 : la guerre du Sinaï

Ce second conflit oppose Israël à l'Egypte du 29 octobre au 5 novembre 1956. Cette seconde guerre se situe en même temps pour partie que le conflit autour du canal de suez qui oppose l'Egypte à la France et au royaume-Uni.

Juin 1967 : la guerre des "Six Jours"

En développement...

Octobre 1973 : la guerre de "Yom Kippour"

En développement...

Juin 1982 : "Opération paix en Galilée" (guerre du Liban)

En développement...

Décembre 1987 : début de la Première Intifada.

En développement...

13 septembre 1993 : Accords d’Oslo

En développement...


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Les principales résolutions de l'ONU concernant Israël et la Palestine
Résolution Date Description Type
ES 10 /13

27 octobre 2003

Concerne la construction par l'Etat israélien du Mur dit de "sécurité", en contradiction avec les règles du droit intenrational

format du fichier-pdf
1435

24 septembre 2002

Arrêt des opérations militaires israéliennes à Ramallah, condamnation des attentats

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1405

19 avril 2002

Situation sanitaire, humanitaire à Jenine lors des opérations militaires israéliennes

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1397

12 mars 2002

Reconnaissance pour la première fois d'un Etat Palestinien à côté de l'Etat d'Israël

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1322

7 octobre 2000

Condamnation des violences israéliennes et des provocations du Premier ministre M. Sharon

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3236

22 novembre 1974

Droit inaliénable au retour et à l'indépendance des Palestiniens

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338

22 octobre 1973

Appel au Cessez-le-feu (guerre du Yom Kippour) et appel au respect de la résolution 242

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242

22 novembre 1967

Appel à l'arrêt des opérations militaires et au retrait des forces israéliennes (guerre de 1967)

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194

11 décembre 1948

Sur la situation des réfugiés palestiniens lors de l'exode engendré par le conflit de 1948

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181

29 novembre 1947

Sur le partage de la Palestine en un Etat juif, un Etat arabe et une zone « sous régime international particulier ».

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