Lettre de Gaza (2) : pas d’eau, ni d’électricité


Depuis le début de la guerre à Gaza, je reçois les lettres d’amis palestiniens rencontrés là-bas dans ce beau pays lors de mes recherches ou encore en France, quand je les côtoyais à l’université. Certains habitent Gaza et subissent depuis plusieurs semaines cette guerre.  Chaque instant ils la ressentent dans leur chair et dans leur esprit. C’est notamment le cas de Salma.

Avec son accord, je vous propose de publier une série d’extraits des lettres où elle décrit ce qu’elle ressent : la peur, la crainte, l’impuissance, l’incompréhension, le sentiment d’abandon et d’injustice… Voilà quelques morceaux de ce quotidien sous les bombes où à chaque minute ou presque la vie peut s’arrêter, changer à jamais.  Ce sont ces lettres de Gaza qui sont autant de cris qui doivent annihiler les distances et faire prendre conscience à chacun où qu’il soit, quelles que soient ses valeurs et ses idées, que c’est une partie de l’humanité  qui meurt à Gaza…

GAZA, le 5 janvier 2009.

[…]

Je suis désolée de ne pas pouvoir vous écrire depuis 2 jours, mais c’est à cause des coupures d’électricité par les israéliens durant de longues heures. J’espère pouvoir vous envoyer cette lettre avant que l’électricité soit coupée. Je ne peux pas vous dire que ça a changé à Gaza, au contraire, les bombardements continuent par tous les moyens et de tous les endroits : le ciel, la mer et la terre.

Des nouvelles armes sont utilisées par les israéliens, aujourd’hui, surtout dans le camp de Jabalya au nord de Gaza : des bombes qui brûlent les maisons sans entendre les bruits auxquels on s’est habitué. C’est dangereux !! ça ne veut pas dire que les bruits des bombardements se sont arrêtés.

En ce moment où j’écris ma lettre, on entend les hélicoptères et les F16 qui bombardent par des rockets et des bombes, et qui tirent partout. […] Le nombre des martyrs et des blessés augmente toutes les secondes pour arriver en ce moment à 550 martyrs et 2700 blessés. La situation dans les hôpitaux surtout l’hôpital Al-Shefa, le plus grand hôpital à Gaza est catastrophique. Il n’y a pas de place pour les blessés, on ne prend dans l’hôpital que les cas les plus graves (qui ont besoin des opérations), il y a un manque très important de médicaments et d’équipements, de premiers secours et des ambulances. 9 ambulanciers ont été bombardés en essayant de sauver les vies des autres, 12 ambulances ont été complètement détruites. On ne dort pas ni la nuit, ni le jour.

Hier, je ne vous ai pas écrit pour vous dire que les israéliens ont bombardé la station de la radio Al-Aqsa qui se trouve dans un bâtiment au milieu de Gaza. Ces bombardements à 5h du matin ont causé des nouvelles catastrophes. Comme il n’y a pas d’électricité, on garde beaucoup d’essence pour les générateurs d’électricité, avec les bombardements, l’essence a fait des feux partout, 8 maisons ont été complètement brulées, des martyrs et des blessées sont tombés.

Avant que les colons quittent Gaza, ils ont tous détruit dans les colonies sauf une synagogue, les palestiniens ne l’ont pas touchée !! hier, les israéliens ont bombardé la dixième mosquée au moment de la prière : 16 martyrs et 40 blessés. Aujourd’hui, ils ont bombardé la onzième mosquée.

Les marchés aussi ont été bombardés pour que les gens ne puissent jamais y aller pour essayer d’acheter de la nourriture.

Aujourd’hui, la maison d’une famille de 30 membres a été bombardée, 20 martyrs et 10 blessés. Une autre famille de 5 membres a été tuée aussi.

Beaucoup de gens ont été obligés de quitter leurs maisons en portant des drapeaux blancs près de Bait-lahya au nord de Gaza. Beaucoup de gens dont les maisons ont été détruites, vivent maintenant dans les écoles de l’UNRWA.

70% des habitants de Gaza n’ont pas d’eau ça fait 10 jours. 50% n’ont pas d’électricité depuis 10 jours. Chaque maison à Gaza a au moins un bébé ou un enfant qui a besoin d’être nourrir et bien soigné. Gaza est divisée de nouveau en trois parties par les chars israéliens.

[…]

Depuis 10 jours, je n’arrive pas à contacter beaucoup de mes amis et de mes collègues, car leurs portables sont éteints, je ne sais pas si c’est à cause du manque d’électricité ou si c’est parce qu’il leur est arrivé quelque chose !!!

[…]

Salma.


About Fabien

Géographe. Maître de conférences à l'Université de Caen Basse-Normandie.
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