Enseignants-chercheurs en grève !


Cela faisait un moment que ça couvait (tout au moins autour de moi) et à force de pondre des réformes qui ne répondent pas aux besoins et aux attentes, à force de mépriser et de caricaturer, à force d’imposer une logique contraire aux missions de service public d’enseignement et de recherche, ça finit par un : Non ! Stop ! Basta ! ça suffit ! (pour rester polit…).

Après la LRU qui reste source de beaucoup de critiques, on a droit à la masterisation, à la réforme des statuts d’enseignants chercheurs, mais aussi au contrat doctoral, sans parler du reste : la bibliométrie chronique, les suppressions de postes, les réductions de financements de thèse (-225 allocations de recherche), ou réduction de post-doc (- 225 Post-doc CNRS), le démantèlement du CNRS, la mise en place de l’ANR…

Bref, à force de réformer dans tous les sens, n’importe comment, de s’agiter et de gesticuler, de déclaration en désinformation, de démantèlement de la recherche publique en remises en cause des moyens dont on dispose pour assurer nos missions de service public, inévitablement, il y a un moment où faut que ça s’arrête ! Le 29 janvier dans la rue, mais aussi depuis dans des « AG » où sont adoptées des motions, où sont construites des analyses, où on trouve enfin le temps de réfléchir sur ce qu’on veut nous imposer… les mêmes maux sont dénoncés et les mêmes mots sont prononcés : ça suffit !

Et c’est ainsi que le 29 janvier 2009, l’UFR de géographie de l’Université de Caen où j’officie comme ATER et où j’ai effectué mon cursus, décide lors d’une Assemblée Générale des personnels titulaires et non titulaires de suspendre ses activités d’enseignement et de recherche pour marquer son refus des réformes imposées d’en haut par le ministère… Nous avons donc rejoint d’autres universités dans le mouvement qui depuis n’a de cesse de s’amplifier.

A titre d’exemple, voici la motion adoptée par les enseignants chercheurs statutaires et non statutaires de l’UFR de géographie de l’université de Caen.

Décisions de l’Assemblée Générale extraordinaire des enseignants chercheurs de l’UFR de géographie de l’UCBN.

Le 29 janvier 2009, les enseignants chercheurs statutaires et non statutaires (36 personnes) de l’UFR de géographie de l’université Caen Basse-Normandie se sont réunis en Assemblée Générale extraordinaire. Cette Assemblé condamne unanimement la mise en place d’une politique d’affaiblissement structurel de l’enseignement et de la recherche, de la précarisation des personnels de toutes catégories, notamment au travers de l’individualisation des carrières, de la mise en place du nouveau contrat doctoral e de la masterisation des concours de l’enseignement, et des suppressions d’emplois qui ne permettent plus à l’université d’assurer ses missions de service public.

Ce sont les raisons pour lesquelles, les enseignants chercheurs titulaires et non titulaires de l’UFR de géographie ont décidé, dès le 2 février 2009, de ne pas reprendre les enseignements et l’ensemble de leurs activités du second semestre, et ce jusqu’à la prochaine AG du personnel de l’UFR de géographie de l’UCBN qui se réunira le 5 février 2009 à 10 h00 et qui décidera de la suite à donner au mouvement.

Vote à l’unanimité.

Pour compléter je vous recommande le site de sauvons l’Université où on trouve d’autres motions, des analyses et des explications sur ce ras-le-bol général.

Avant de terminer, certains dirons que de toute façon ils (les « enseignants-chercheurs-fonctionnaires ») ne foutent rien, qu’ils ne servent à rien et qu’avec ce qu’ils  gagnent ils n’ont pas à se plaindre… comme on peut lire ici ou là sur des forums et autres blogs.

Tout d’abord, il faut casser un mythe : les salaires sont plutôt peu élevés au regard du niveau d’étude et de ce qui se pratique ailleurs, dans le « privé » par exemple. Même N. Sakozy a convenu que les salaires des chercheurs sont indécents ! (c’est pour dire…). Un ATER, gagne 1180 euros net/ mois après plus de 10 ans d’études après le BAC, un Maitre de conférence gagne au départ 1600 euros net/mois… Alors ensuite les salaires montent, on atteint 2200 euros, puis les enseignants chercheurs ayant le grade de professeur arrivent à 4000 euros voire 5000 euros en fin de carrière. Voilà les chiffres et l’ordre de grandeur. Donc ce n’est pas pour des raisons de salaires qu’on choisit ce métier d’enseignant-chercheur, à qualification équivalente dans le secteur privé on gagnerait le double voire le triple… et comme on aime souvent présenter des comparaisons internationales, les enseignants chercheurs français sont plutôt moins bien payés que leurs homologues européens, comme les britanniques par exemple, ou les allemands…

De plus à tous ceux qui pensent que les enseigants-chercheurs ne servent à rien, je leur demande juste de se rappeler que :

  1. lorsqu’ils tapotent sur le clavier de leur ordinateurs dernière génération avec des processeurs turbo dynamiques et des écran LCD de 50 cm de large ;
  2. lorsqu’ils sortent guéris d’une mauvaise grippe et qu’ils ne meurent plus de certaines maladies ;
  3. lorsqu’ils ont un GPS dans leur belle voiture qui polue moins et qui consomme moins (normalement !) ;
  4. lorsqu’ils regardent la télévision (où on y entend et voit tout et souvent n’importe quoi…) ;
  5. lorsqu’ils s’expriment avec des mots, qu’ils arrivent à structurer leur pensée et argumenter ;
  6. etc… (complétez par d’autres exemples qui vous viendraient à l’esprit…)

bref ces milles et une choses qui font notre quotidien et notre confort, demandez-vous qui a d’abord cherché et réfléchi, inventé et exploré, travaillé sur toutes ces choses avant qu’elles ne soient produites en série ou  non dans les industries et les entreprises ?

A chaque fois vous trouverez un enseignant, un chercheur, un enseignant-chercheur comme vous trouverez aussi des ingénieurs et des ouvriers, des vendeurs… La source de toutes ces choses elle réside dans la liberté et l’indépendance des enseignants chercheurs qui chaque jour dans des labos ou sur le terrain (comme on dit en géographie ! ) innovent, expérimentent, créent, inventent et essayent de comprendre le monde qui nous entoure. Et ça on essaye de le faire avec passion, et souvent avec des moyens financiers et dans des conditions sociales déplorables.

Sortir de la crise ça se fera aussi par et grâce à l’innovation et à la recherche, donc donner les moyens et les conditions matérielles et humaines, garantir l’indépendance et la liberté des enseignants-chercheurs, c’est aussi se donner des moyens pour penser autrement le système dans lequel on vit et qui est en crise.


About Fabien

Géographe. Maître de conférences à l'Université de Caen Basse-Normandie.
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