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Épistémologie de la Géographie sociale

Epistémologie et histoire de la géographie

Géographie : quelques rappels historiques
 

Retracer, même dans les grandes lignes, l'histoire de la géographie est loin d'être une tâche aisée. Pour tenter de donner une vision d'ensemble de ce qu'est la géographie, il faut revenir sur l'histoire qui débute à la fin du XIXème siècle. La géographie se construit par apports successifs, mêlant sciences naturelles et sciences humaines. Parler de géographie, c'est parler de géographie humaine, mais aussi de géographie physique. Parler de géographie, c'est parler d'hommes et de femmes, chercheurs et découvreurs. Parler de géographie, c'est se replonger dans l'évolution des sciences à la fois humaines et naturelles, aller à la rencontre de concepts, d'Écoles diverses, parfois opposés... Bref, c'est se replonger au cœur du débat scientifique de ces deux derniers siècles...
Sans doute qu'à la lecture de ces quelques lignes et pages, beaucoup seront surpris de constater que la géographie dont il est question ici, ne ressemble finalement qu'assez peu à celle qui est enseignée dans les écoles primaires et secondaires. Sans doute est-ce d'ailleurs ce qui explique aussi pourquoi cette discipline des sciences humaines et sociales, demeure, aujourd'hui encore, bien mal connue du plus grand nombre. Rares sont celles et ceux qui accèdent à l'enseignement de la géographie à l'université. Et, bien souvent, celles et ceux qui pourraient y accéder, s'orientent plutôt vers l'histoire ou vers la sociologie, notamment du fait de cette méconnaissance de ce qu'est la géographie, notamment la géographie sociale et politique. Ces quelques éléments d'ordre épistémologiques ont aussi pour but de lever une partie de ce voile déformant qui entoure aujourd'hui encore la géographie.


La géographie se structure à partir d'une double origine
 

  • Les sciences naturelles, (biologie, géologie...).
  • Les sciences humaines, (histoire, sociologie…).

Ces deux origines vont donner lieu à des oppositions et des ruptures épistémologiques, à des divergences d'approches, à des oppositions entre chercheurs au cours des deux derniers siècles. Pendant longtemps, cette double origine fait que la géographie peine à trouver sa place dans l'ensemble des sciences, toujours partagée entre sciences naturelles et sciences humaines.

Ce sont tout d'abord les Écoles allemande et française, puis anglo-saxonne qui vont peu à peu construire et structurer l'identité de la discipline, la démarquant peu à peu de discipline déjà existante.
En Allemagne, à partir de 1880, ce sera principalement Ratzel (1844-1904) qui va incarner les débuts de l'École allemande de géographie à partir d'une approche "environnementaliste" et "déterministe" (Darwinisme). Les développements autour du paysage, du sol, du peuple, de la société, de la politique et divers concepts par la suite récupérés par l'idéologie nazie, tel le "Lebensraum" (l'espace vital) vont considérablement affecter la géographie allemande et la géographie politique pour de longues décennies. Précurseurs dans l'approche de la "géographie politique", les travaux de Ratzel sont détournés et "remodelés" par un autre géographe allemand, militaire qui plus est, Karl Hausshoffer, pour le bénéfice de l'idéologie nazie dès les lendemains de la première guerre mondiale. Ratzel apporte une véritable "école de l'espace" à une période où la question du sol s'imbrique avec celle de l'Etat et devient l'expression du pouvoir social et politique (Politische geographie, 1897).
Parallèlement et par la suite en opposition à Ratzel, Vidal de la Blache, historien de formation, va constituer les bases de l’école de Géographie française, au tout début du XXème siècle. L'historicité prendra une place plus importante dans l''approche vidalienne, permettant de réduire les effets déterministes et "biologisant" de l'Ecole allemande. C'est par une approche "possibiliste" que Vidal de la Blache va structurer l'École de géographie française. D'autres auteurs comme Jean Brunhes, Maximilien Sorre et de façon plus autonome Elisée Reclus vont développer eux aussi des approches autour du paysage, de la géographie régionale, de la géographie politique, plus largement la géographie humaine et physique...
Tant l'École allemande que française construit ainsi une approche de géographie humaine aux côté de la géographie physique où les rapports Hommes/Milieux seront étudiés durant longtemps de façon déterministe. L'École anglo-saxonne suit aussi cette évolution, mais apporte aussi une certaine spécificité dans l'approche du "paysage", de la géomorphologie et de l'étude régionale...


Synthèse épistémologique sur l'évolution de la géographie - source : http://www.geographie-sociale.orgCliquer sur l'image pour agrandir le schéma de synthèse sur l'épistémologie de la géographie © Fabien Guillot 2006 (révisé 2009)



Et la géographie sociale dans tout cela ?
 


Origine de l'expression géographie sociale  - Citation - Géographie sociale - 1984

La géographie sociale se construit au rythme de la structuration de la géographie humaine. Elle "murit" durant tout le XXè siècle à partir de travaux et d'auteurs divers. Elle suit le contexte scientifique de cette période.
Très vite, l'intérêt a été porté sur les questions sociales et sur leurs aspects géographiques. La prise en compte de préoccupations sociales est nouvelle dans la géographie. Sans doute est-ce une des premières spécificités à retenir. Néanmoins, nombreux sont les géographes qui à cette époque, ne voient rien d'autre dans la géographie sociale que l'expression d'une géographie humaine. L'expression même de géographie sociale est utilisée ici ou là comme une sorte de synonyme de la géographie humaine.

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Les sociologues seraient à l'origine de l'expression géographie sociale ?

La référence à la géographie sociale, en tant qu'expression apparaît dans des revues inspirées par les idées et méthodes de Le Play : La Réforme sociale (1884, compte rendu de La Nouvelle Géographie Universelle d'Elisée Reclus), la Science sociale qui publie une géographie sociale de la France (E. Demolins), ainsi que plusieurs articles ayant des sous-titres tels que "contribution à la géographie sociale"...
Le contexte universitaire de cette fin XIXème va être un moment charnière pour la géographie. Elle tend à s'individualiser et à se démarquer en tant que discipline, par rapport à la sociologie et à l'histoire notamment.
Les débats sont alors très vigoureux entre les différentes Ecoles de géographie française et allemande, incarnées par Vidal de la Blache et Ratzel.


Pourquoi une émergence tardive
de la géographie sociale ?

Une concurrence va exister entre les géographes vidaliens et les sociologues (Durkheim) dans le cadre de l'étude des faits sociaux. Cela s'exprimera autour de l'enjeu entre géographie humaine et morphologie sociale, entre méthode géographique ou méthode sociologique. Ceci aura des conséquences sur la définition de la géographie.

Géographie humaine et morphologie sociale - Citation - Géographie sociale - 1984

Elle est considérée comme "la science des lieux" (Vidal de la Blache), ou encore "la géographie a pour objet la Terre, et non la Société" (Lucien Febvre). Le but est alors de bien se démarquer de la morphologie sociale et de l'Ecole Durkheimienne...
De leur côté, les sociologues ne manquent pas d'entretenir cette rivalité comme en témoignent par exemple plusieurs articles dans l'Année Sociologique (F. Simiand, 1906-1909) où les critiques sont sans concession.
Dès lors, la géographie va être définie comme géographie humaine, mais pas sociale... laissant bien souvent les géographes hors des questions sociales et des débats qu'elles produisent à cette époque. Les sociologues contestent aux géographes le fait se s'engager sur le terrain de l'étude des faits sociaux.


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Une géographie sociale implicite ?
 

Peu de géographes se sont aventurés sur des terrains de recherche abordant de façon centrale les questions sociales. C'est resté pendant longtemps la "chasse gardée" des sociologues, le géographe s'occupant de l'espace.

Les disciples de Le Play à l'origine de l'expression géographie sociale - Citation - Géographie sociale - 1984

Pourtant, sans doute pouvons nous trouver chez des auteurs comme Zola, Maupassant, Engels des observations, descriptions et études qui constituent de véritables tableaux rétrospectifs de géographie sociale.
Ce sont autant d'études sur les rapports entre différents groupes sociaux et leurs espaces de vie. Les questions d'hygiène, la condition ouvrière, paysanne, la vie dans les villes et les campagnes, tous ces faits sont des observations réalistes des faits sociaux. Autant de thèmes de prédilection pour la géographie sociale...
L'actualité de cette fin XIXème, début XXème siècle est particulièrement propice à des études de géographie sociale, tant les transformations des sociétés et des espaces et des rapports les uns aux autres sont multiples et violents. Les questions sociales prennent une place centrale.


Elisée Reclus...
 

L'apport d'Elisée Reclus dans la construction de la géographie sociale - Citation - Géographie sociale - 1984

A cette époque, Elisée Reclus est sans doute parmi les géographes ayant le plus développé des questionnements qui sont aujourd'hui encore au coeur de l'approche de la géographie sociale. La géographie qu'il développe fait une place essentielle à l'histoire, mais aussi aux groupes sociaux. Mieux, elle repose sur une théorie générale de l'évolution de l'humanité et des rapports de l'Homme et de la Terre. Pour lui, "trois ordres de faits" définissent la géographie sociale :

  • Les collectivités humaines sont divisées en classes ou castes ayant des intérêts opposés;
  • Les luttes de classe engendrent des changements de régime politique, économique et social. De ces changements sont produits de nouveaux équilibres qui constituent des progrès dans la maîtrise du milieu naturel et dans la cohérence de la société;
  • C'est par la somme des initiatives et des efforts individuels que progressent les sociétés.

De cette approche à la fois complexe et contradictoire, on retrouve une synthèse entre positivisme, anarchisme libertaire, et marxisme... Ces différentes orientations ouvrant de nouveaux horizons à la géographie.
Mais le projet de géographie sociale d'Elisée Reclus va rester lui aussi sans lendemain...


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Jean Brunhes...
 

 La géographie sociale aboutissement de la géographie humaine de Jean Brunhes ? - Citation - Géographie sociale - 1984Un autre géographe, "vidalien" celui-ci, s'est aussi rapproché de la géographie sociale. Jean Brunhes propose plusieurs des questionnements politiques et sociaux dans le cadre d'une géographie humaine. Dans son ouvrage majeur (Géographie humaine - Essai de classification positive, 1911) il définit ce qu'il considère comme étant la géographie sociale.
Pour lui, le géographe doit être attentif aux faits sociaux et les formes d'organisation des sociétés relèvent nécessairement de l'analyse géographique.
Ces deux éléments sont particulièrement importants car s'est affirmer que la géographie doit être attentive aux hommes, à ce qu'ils vivent et produisent, à ce qu'ils font. De plus, il s'agit aussi d'analyser l'organisation et les transformations des milieux naturels où les sociétés humaines s'établissent.
Même s'il garde un certain déterminisme des faits physiques, Jean Brunhes reste sensible aux problèmes et facteurs sociaux, aux liens entre faits localisés et approche globale et se place au coeur des sciences sociales. Là encore, Comme pour Elisée Reclus, les apports de Jean Brunhes restent sans lendemain ou presque...

La renaissance de l'après-guerre...
 

L'absence de la géographie sociale entre les deux guerres mondiales - Citation - Géographie sociale - 1984 Ces différentes contributions et esquisses de géographie sociale n'ont pas permis de faire émerger à proprement parler une géographie sociale. Ces différents moments et contributions sans lendemain sont autant de rendez-vous manqués pour que la géographie sociale prenne véritablement son essor et sa place dans la géographie, dans les sciences sociales plus largement.
Il faut attendre l'après Deuxième Guerre mondiale pour que la géographie sociale revienne sur le devant de la scène aussi bien en France qu'à l'étranger. C'est d'autant plus paradoxal que le contexte (social, politique, idéologique, économique, scientifique...) de cette époque était particulièrement propice aux questionnements sur les rapports entre sociétés et espaces.
Pour ce qui est de la France, les successeurs de cette première période n'arriveront que bien plus tard, au cœur années 1960-1970.

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Deux dates clés, deux nouvelles étapes...
 

  • 1964 : Congrès des géographes Français à Lyon.
Renée ROCHEFORT va développer dans une contribution ce qui va matérialiser une évolution très importante dans la discipline géographique. Cette révolution scientifique se trouve résumée dans l'expression : « RENVERSEMENT DE L’ORDRE DES FACTEURS ».
Cela correspond à une rupture épistémologique avec l'approche traditionnelle qui gardait jusque-là un certain déterministe des faits géographiques, avec l'espace comme concept central au détriment des faits sociaux. La seule entrée "spatiale" héritée des préceptes développés par l'école Vidalienne du début du siècle se trouve alors contre balancée par le "social".
Au cours des années 1970, de jeunes chercheurs vont peu à peu construire et développer cette nouvelle approche à partir de recherches de terrain sur le thème de "l'espace vécu", autour de chercheurs comme Armand FREMONT. C'est dans l'Ouest, en Normandie et Bretagne et Pays de Loire que les travaux les plus remarqués sont publiés. Peu à peu, la géographie sociale affirme son approche critique, ses méthodes et sa volonté de contribuer à la compréhension des faits spatiaux et sociaux.
  • 1984: Publication du manuel "Géographie sociale"
Tout ceci sera concrétisé dans un livre. Le but est de faire un état des lieux sur les différentes approches qui se retrouvent dans la géographie sociale. Essentiellement construit à partir des expériences de terrain et de recherches de chercheurs, cet ouvrage offre à l'époque un regard neuf sur des questions sociales qui ont matérialisé les évolutions des années 70 et du début des années 80.
Quatre mains vont contribuer à cet essai essentiel (et unique à ce jour) pour la géographie sociale. Quatre chercheurs (FREMONT, HERIN, CHEVALIER, RENARD) aux parcours et expériences variés qui en 1984, publient : « Géographie sociale ».
Ils y développent notamment une approche construites autour de quatre effets :
  • Effet de Classe
  • Effet de lieu
  • Effet de mobilité
  • Effet culturel

Pour autant, alors même que la géographie sociale semble enfin sortir d'une certaine forme de confidentialité avec la sortie de cet ouvrage, on ne peut trouver de suite véritablement à portée conceptuelle et théorique, à même d'assoir totalement la géographie sociale dans le champs de la géographie.

La suite : une réflexion sur une définition de la géographie sociale contemporaine...


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